Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Header cover

Chapitre 9 — Madame L’Ankou : la femme qui frappait la terre/ Roman historique ombres secrètes Crozon Martinique

Chapitre 9 — Madame L’Ankou : la femme qui frappait la terre
La lande respire une inquiétude ancienne, venue du sel, du vent et des terres que nul regard ne pénètre longtemps.
François et Loïc quittent la grotte. Leurs pas glissent sur le sable humide, tandis que le document découvert sous la roche continue de brûler dans leurs pensées.
Au détour du chemin, une silhouette surgit : une femme âgée, mince, droite malgré le poids des ans.
Dans tout le voisinage, un surnom circule de bouche en bouche : Madame L’Ankou. Aucun nom ne l’accompagne.
Chaque pas semble remonter d’un autre siècle. Son visage porte une pâleur minérale ; ses yeux brillent d’une lueur intérieure, profonde comme une veille sans sommeil.
Son souffle compose un rythme sourd, presque régulier. Dans sa main repose une hache lourde, massive, dont le manche paraît trop épais pour son poignet.
Pourtant, son bras la lève sans lenteur. La vigueur du geste déconcerte. Elle ne ressemble ni à un jeu ni à un travail ordinaire.
Elle frappe la terre.
Toujours au même endroit.
Toujours sur la même pierre.
Toujours avec la même précision.
Chaque coup tombe avec la portée d’un verdict. Chaque impact soulève une poussière en spirale ; les grains montent, tournent, puis retombent sur ses souliers noirs.
De sa gorge sort un vers rauque : « Ô saisons, ô châteaux… »
Puis un autre : « J’ai fait la magique étude… »
Ces bribes poétiques quittent leur livre pour devenir, dans sa bouche, incantation, prière ou appel.
François recule d’un pas. Sa main cherche le bras de Loïc, le trouve, puis s’y accroche avec une maladresse qu’il voudrait dissimuler.
Loïc retient son souffle. Ses yeux suivent la hache, la pierre, le nuage de poussière ; sa poitrine se soulève enfin dans un mouvement bref et douloureux.
Madame L’Ankou ne tourne pas la tête. Dans leur journée, sa silhouette ouvre une fêlure tangible, dont ni l’un ni l’autre ne discerne encore la profondeur ni la source.
EXTRAIT
Retour à l'accueil
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :