La lumière du soir s'étire sur les ajoncs lorsque François et Loïc regagnent la cabane.
Leurs chaussures portent encore le sable de Goulien.
La conversation avec les Guillermo résonne toujours dans leurs pensées.
Pour la première fois depuis leur arrivée en Bretagne, ils ressentent l'impression de distinguer une direction.
Pas encore la vérité.
Une direction.
François pousse la porte.
Puis s'immobilise.
— Loïc...
Sur la table les attend un panier d'osier.
Un vrai panier de campagne.
Pain frais.
Beurre salé.
Pâté.
Saucisson.
Quelques pommes.
Une bouteille de cidre.
De quoi tenir plusieurs jours.
À côté repose une enveloppe pliée avec soin.
— C'est de Moreau, dit Loïc.
François reconnaît immédiatement l'écriture.
Une écriture régulière.
Nette.
Sans rature.
Sans effet.
L'écriture d'un homme qui n'éprouve aucun besoin d'impressionner.
Il ouvre la lettre.
Le papier porte encore une légère odeur de tabac.
François,
Loïc,
Putain, personne ne mérite de traverser ce que vous vivez.
Je sais que vous vous méfiez de tout le monde.
À votre place, je ferais probablement de même.
Vous cherchez des réponses.
D'autres cherchent à vous empêcher de les trouver.
Je ne vais pas vous demander de me faire confiance.
La confiance ne se réclame pas.
Elle se prouve.
Alors voici les faits.
Célestine et Henri Herman mettent l'une de leurs maisons à votre disposition.
Les deux propriétés dominent la baie de Landévennec.
Vous y trouverez Hélène et Margot.
Janine Chevalier sera présente.
François Le Goff également.
Les chambres vous attendent.
Les repas aussi.
Vous n'y trouverez que des personnes sûres.
Préparez vos affaires.
Le temps des cachettes touche à sa fin.
Putain, il serait temps que certains secrets cessent de pourrir la vie des vivants.
Jean-Louis Moreau
Le silence s'installe.
François relit la lettre une seconde fois.
Puis une troisième.
Aucune menace.
Aucune manipulation apparente.
Aucune grandiloquence.
Seulement des phrases simples.
Précises.
— Il ne ment pas, murmure Loïc.
François acquiesce.
Depuis plusieurs semaines, ils observent les visages, les hésitations, les contradictions.
Cette lettre ne ressemble à aucune autre.
Pas un piège.
Pas une séduction.
Une main tendue.
Loïc se sert un morceau de pain.
— Je crois que c'est la première fois qu'un adulte nous parle franchement.
François laisse échapper un sourire.
— Surtout quelqu'un qui commence toutes ses phrases par "putain".
La tension accumulée depuis leur arrivée semble se fissurer légèrement.
Pas disparaître.
Se fissurer.
François replie soigneusement la lettre.
Puis regarde la cabane.
Les couvertures humides.
Les murs mal joints.
Le toit qui craque à chaque rafale.
Les nuits sans sommeil.
Les repas improvisés.
La peur constante.
— Nous partons demain.
— Oui.
— Direction Landévennec.
Loïc hoche la tête.
— Et Hélène et Margot.
— Et Hélène et Margot.
Au-dehors, le soleil descend lentement derrière les collines de la presqu'île.
Pour la première fois depuis longtemps, l'horizon ne paraît plus se refermer.
Quelque part au fond de la rade, les eaux de l'Aulne rejoignent celles de la mer.