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Roman historique ombres secrètes Crozon Martinique-overblog littérature-2026-gratuit en ligne

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 Chapitre 8 — La nuit sans masque



 

La vieille automobile grimpe lentement le chemin bordé d’hortensias, leurs bouquets éclatants, vibrants sous la lumière mourante.

 

Au volant, Jean Moreau, regard fixé sur la route, esquisse une assurance tranquille, un calme intérieur qui rassure à chaque instant.

 

À ses côtés, Aline Riou, observatrice attentive, scrute les paysages : champs ondulants, horizons lointains, nuances de vert et de bleu, témoins silencieux d’un avenir incertain.

 

Issue d’une famille agricole, riche d’un patrimoine discret, elle ne tire aucune vanité de ses origines. La conversation dérive naturellement vers ses ambitions :

 

— Le droit, m’attire profondément. Un poste d’assistante juridique, plutôt qu’une grande carrière, suffirait amplement.

 

Jean esquisse un sourire, appréciant cette modestie sincère, reflet d’une âme sincère.

 

À l’arrière, François et Loïc, immergés dans l’observation, découvrent peu à peu leurs compagnons de route.

 

Jean, d’une voix ferme, annonce :

 

— Très important : ne soyez pas surpris si ma mère remet mon père à sa place plusieurs fois ce soir.

 

— Pourquoi ? demande Loïc, curieux.

 

— Parce qu’il commence pratiquement toutes ses phrases par "Putain".

 

Loïc éclate d’un rire franc, libérant la tension accumulée.

 

— J’imagine la scène.

 

— Attendez de voir.

 

— Imagine, répond Loïc à François, un sourire malicieux, un fils, avocat ou autre, qui commence tous ses discours par "Putain".

 

— Probablement une question d’hérédité.

 

Ce rire sincère, spontané, détend l’atmosphère, fissure la façade des inquiétudes.

 

Un éclat de lumière, la silhouette de la maison, surgit dans la pénombre.

 

Blancheur immaculée. Volets bleus, éclatants.

 

Dominant la baie, la bâtisse déploie une présence presque irréelle, enveloppée d’une lumière douce, caresse de fin de journée.

 

Une odeur florale, subtile, monte du jardin, mêlée à l’air tiède.

 

Plusieurs silhouettes occupent déjà la terrasse, l’accueil silencieux mais chaleureux.

 

Malou Le Gall s’avance, visage empreint de cette bienveillance naturelle, simple, authentique.

 

À ses côtés, le docteur Jean Le Gall, accueillant avec discrétion, chaleur contenue.

 

À l’étage, deux bébés, Yann et Yves, plongés dans le sommeil, protégés par la quiétude nocturne.

 

Pourtant, derrière le sourire apaisé, la fatigue alourdit ses traits.

 

Les semaines récentes, marquées par des menaces, des lettres mystérieuses, la dernière demeure dans toutes les mémoires :

 

« Retrouve-moi à Sainte-Anne-la-Palud, à l’heure où la marée monte. Toi seule, apercevras l’écho. »

 

Les nuits, longues, sans repos, hantées par ce message.

 

François et Loïc, à peine installés, submergés par un torrent d’émotions.

 

Deux fusées humaines fondent sur eux : Léonie, Eugénie.

 

Les deux adolescentes, dans un élan d’invasion, tentent d’étreindre, d’empoigner, mais l’action s’arrête net.

 

François, reculant d’un pas, prononce :

 

— Vous confondez accueil et invasion.

 

Loïc, d’un ton glacé, ajoute :

 

— Si votre but consiste à nous faire fuir, la vitesse dépasse la limite.

 

Léonie, Eugénie, figées, constatent l’impact.

 

— Ça suffit ! tranche Malou, la voix ferme, sans place pour la discussion.

 

Les deux jeunes femmes battent en retraite, emportées par la tempête silencieuse.

 

Plus loin, le couple Lemoine, observateurs discrets, recueillent chaque mouvement, chaque mot, chaque silence.

 

À proximité, Célestine et Henri Herman échangent quelques mots avec le docteur Le Gall, leur présence, ancrage de confiance.

 

Sur le perron, Léontine Moreau, surprise, s’écrie :

 

— Jean-Louis !

 

— Quoi encore ?

 

— Tu viens de prononcer "Putain" trois fois en moins d’une minute.

 

— Bon… Gast alors !

 

L’assemblée, éclats de rire, dénoue la tension, libère les corps, les esprits.

 

Même Jean-Louis, un sourire naissant, se laisse gagner par la légèreté.

 

Puis, le calme, l’écho du silence, s’installe, lent, naturel, comme une respiration suspendue, annonciatrice d’un moment crucial.

 

Deux jeunes filles, blondes, ondulées, glissent depuis le jardin, sous la lumière orangée du soleil couchant.

 

Leurs yeux noisette captent la dernière lueur de la baie, reflet d’un destin fragile.

 

Les regards, un instant, s’unissent, se croisent, prônant l’indicible.

 

Les cœurs, battements précipités, traduisent cette tension sacrée.

 

François, Loïc, perçoivent immédiatement :

 

— Hélène.

 

— Margot.

 

À leurs côtés, Janine Chevalier, François Le Goff, scrutent chaque réaction, chaque mouvement, chaque silence.

 

Un peu à l’écart, près d’un vieux mur de pierre, Yves, solitaire, conserve sa posture habituelle.

 

Autour de son cou, la médaille ornée d’un G, symbole de son secret, de ses silences.

 

Le dernier surnom, dans la rumeur, demeure : Yves Raimbaud, originaire de Basse-Pointe, en Martinique, comme un fil invisible tissant une toile complexe.

 

La rencontre, suspendue, bascule soudain lorsque Jean-Louis, la gorge sèche, s’éclaircit :

 

— Putain…

 

Léontine ferme les yeux, tremblante.

 

— Jean-Louis…

 

— Oui, bon, d’accord. Mais écoutez-moi.

 

Son visage, soudain, s’assombrit.

 

 

 

Les regards, inquiets, croisent l’échange.

 

Les mots s’effacent, laissant place au vide.

 

— Plantation détruite. Plus rien.

Les visages, chargés de cette vérité crue, s’alignent dans une tension nouvelle.

 

François, sortant ses papiers, déploie une anomalie.

 

Loïc, à son tour, dévoile un document.

 

Une différence infime, mais cruciale, dans le détail :

 

— Quel âge, selon vous ?

 

— Dix-sept ans

 

— Même constat.

 

— Pourtant, il s’agit de seize.

 

Le silence s’alourdit, chaque respiration, chaque battement, porte la conscience d’un mystère, d’un paradoxe.

Au cœur de Landévennec, Jean-Louis Moreau, observateur silencieux, annonce :

 

— Ce soir, chacun libère la parole.

 

            Le masque, enfin, tombe.

 Ils évaluent, Yves Lecul, Raimbaud, ils se souviennent de ce nom, vu chez Madame L'Ankou,

Malou qui ne se souvient pas de son nom de jeune-fille, des bébés qui pleurent tout le temps. Maria et Carlos Guillermo qui perdent leur logement,à cause de nous encore surement. 

Qu'en penses-tu Loïc; Une envie de partir, Malou qui rajoute que je ressemble à Francis Aballain, comme un père et fils. Je connais mes parents. 

François éclate en sanglot, je ne supporte plus tous les putains; Voila le premier souvenir de la rencontre avec Hélène et Margot. Elles cherchaient à parler.

 

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