La liste arriva sans cérémonie.
Un pli administratif, sec, sans détour.
Pierre l’ouvrit.
Ses yeux parcoururent les lignes.
Puis s’arrêtèrent.
— Les blessés…
— Les morts…
Sa voix se perdit.
Catherine s’approcha.
— Lis.
Un silence.
— François Le Goff.
Le nom tomba.
Net.
— Originaire de Île de Groix.
Un souffle traversa la pièce.
— Pronostic vital engagé.
Le monde sembla se fissurer.
Hélène porta la main à sa bouche.
— Non…
Loïc recula d’un pas.
— Janine…
Le mot resta suspendu.
Pierre continua, plus lentement :
— Une épouse seule.
— Sur l’île.
Catherine ferma les yeux.
— Elle protège son fils.
— Bientôt huit ans.
Margot murmura :
— Olivier…
Un silence dense, presque irréel.
Pierre reprit, la voix serrée :
— Elle travaille en réanimation pédiatrique.
Catherine comprit immédiatement.
— Elle soigne des enfants…
— pendant que le sien attend.
— Brisée, ajouta Pierre.
Le silence devint insupportable.
— Elle prend le bateau chaque jour.
Le regard de Catherine se fixa dans le vide.
— Aller. Retour.
Margot laissa échapper :
— Une traversée… encore et encore…
Hélène chancela.
— Et nous…
Elle ne termina pas.
Catherine, plus dure que jamais :
— Et nous, nous parlions d’héritage.
Personne ne répondit.
Loïc serra les poings.
— Elle affronte la mort.
— Seule.
Un temps.
— Et nous n’avons même pas demandé.
Pierre plia lentement la feuille.
— Ce n’est plus une erreur.
Il releva les yeux.
— C’est une faute.
Le mot pesa lourd.
Hélène murmura :
— Il faut la prévenir.
Catherine secoua la tête.
— Elle sait déjà.
Un silence.
— Elle vit avec.
Dehors, la mer battait toujours.
Mais cette fois, chaque vague semblait porter un nom.
Et parmi eux,
un nom refusait de disparaître :
François Le Goff.