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                                      Chapitre 15 — L’évidence de l’enfant

   

Le choc ne paralysa pas longtemps le groupe.
Pierre, déjà, organisait.

— Nous procédons par étapes.
— Port, témoins, personnel de bord, chauffeurs.
— Aucun détail négligé.

Son ton ne laissait place à aucune hésitation.

Catherine ajouta :

— Je vais interroger les marchés. Les langues s’y délient plus facilement.

François de Monclair acquiesça.

— Une recherche concrète. Rien d’autre.


Au milieu de cette tension, Sylvie avançait, presque lumineuse.

— Je rencontre enfin mes cousins ?

Un sourire sincère, inattendu dans ce contexte.

Jacques et Justine levèrent les yeux, encore humides.
Une brèche dans la peur.

— Oui, répondit doucement Janine.

Sylvie prit leurs mains sans attendre.

— Alors restons ensemble.

Le geste apaisa plus que tous les discours.


Jean n’aurait jamais quitté ce projet, pensa Loïc à voix haute.

— Ni Malka, ajouta Margot. Leur engagement dépassait tout le reste.

Janine, pâle, murmura :

— Le même jour…
— Le départ de mon mari… pour le Viêt Nam…

Le lien frappa chacun.

François de Monclair se redressa.

— Une coïncidence trop précise.

Pierre coupa immédiatement :

— Pas de spéculation inutile. Restons sur les faits.


Sylvie, toujours au centre, observait les adultes avec une intensité calme.

Puis, simplement :

— Ce n’est pas un enlèvement comme vous le pensez.

Le groupe se figea.

Loïc fronça les sourcils.

— Explique.

Sylvie chercha ses mots, mais son raisonnement avançait déjà.

— La femme… la domestique…
— Elle ne volait pas les enfants au hasard.

Un silence total.

— Elle choisissait des familles en difficulté.
— Des naissances fragiles. Des mères seules. Des situations où personne ne vérifiait vraiment.

Catherine blêmit légèrement.

— Continue.

— Elle échangeait parfois deux bébés.
— Mais pas pour créer un réseau.
— Pour corriger… selon elle.

Margot murmura :

— Corriger ?

Sylvie hocha la tête.

— Un enfant en danger contre un enfant mieux placé ailleurs.
— Ou l’inverse… selon ce qu’elle pensait juste.

Pierre fixa l’enfant.

— Une logique personnelle.

— Oui, répondit Sylvie.
— Une logique fausse, mais cohérente pour elle.

François de Monclair reprit :

— Et Jean ? Et Malka ?

Sylvie réfléchit à voix haute :

— Ils ont compris.
— Ou ils ont trouvé un élément qui menait à elle.

Loïc serra les dents.

— Donc elle les a fait disparaître.

Sylvie secoua la tête.

— Non.
— Elle ne tue pas. Elle déplace.

Un silence glacial suivit.

Janine serra Olivier plus fort.

— Donc ils vivent ?

— Oui, répondit Sylvie avec une certitude désarmante.
— Mais ailleurs.


François de Monclair fixa l’horizon.

— Et le véritable Loïc ?

Sylvie répondit sans détour :

— Vivant aussi.
— Placé dans une autre famille, probablement avec la même logique.

Catherine passa une main sur son visage.

— Tout repose sur ses choix à elle seule…

Pierre conclut :

— Aucun réseau.
— Une seule personne.
— Mais des conséquences multiples.


Le groupe resta silencieux.

Face à eux, non pas une organisation cachée, mais une mécanique humaine, déroutante, presque rationnelle dans son désordre.

Sylvie, toujours debout, tenait encore les mains de Justine et Jacques.

— On peut les retrouver, dit-elle.

Aucune hésitation dans sa voix.

Et pour la première fois depuis l’annonce,
l’espoir ne sembla plus irréaliste.

Chapitre 29 — Le nom qui vacille

La liste arriva sans cérémonie.
Un pli administratif, sec, sans détour.

Pierre l’ouvrit.

Ses yeux parcoururent les lignes.

Puis s’arrêtèrent.


— Les blessés…
— Les morts…

Sa voix se perdit.


Catherine s’approcha.

— Lis.

Un silence.


— François Le Goff.

Le nom tomba.

Net.


— Originaire de Île de Groix.

Un souffle traversa la pièce.


— Pronostic vital engagé.


Le monde sembla se fissurer.


Hélène porta la main à sa bouche.

— Non…


Loïc recula d’un pas.

— Janine…

Le mot resta suspendu.


Pierre continua, plus lentement :

— Une épouse seule.
— Sur l’île.

Catherine ferma les yeux.


— Elle protège son fils.
— Bientôt huit ans.


Margot murmura :

— Olivier…


Un silence dense, presque irréel.


Pierre reprit, la voix serrée :

— Elle travaille en réanimation pédiatrique.

Catherine comprit immédiatement.

— Elle soigne des enfants…
— pendant que le sien attend.


— Brisée, ajouta Pierre.


Le silence devint insupportable.


— Elle prend le bateau chaque jour.

Le regard de Catherine se fixa dans le vide.

— Aller. Retour.


Margot laissa échapper :

— Une traversée… encore et encore…


Hélène chancela.

— Et nous…

Elle ne termina pas.


Catherine, plus dure que jamais :

— Et nous, nous parlions d’héritage.


Personne ne répondit.


Loïc serra les poings.

— Elle affronte la mort.
— Seule.

Un temps.

— Et nous n’avons même pas demandé.


Pierre plia lentement la feuille.

— Ce n’est plus une erreur.

Il releva les yeux.

— C’est une faute.


Le mot pesa lourd.


Hélène murmura :

— Il faut la prévenir.


Catherine secoua la tête.

— Elle sait déjà.

Un silence.

— Elle vit avec.


Dehors, la mer battait toujours.

Mais cette fois, chaque vague semblait porter un nom.


Et parmi eux,
un nom refusait de disparaître :

François Le Goff.

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