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Chapitre 13— Landévennec
La baie sous la trêve
À la fin de 1939, tandis que la France entre dans la « drôle de guerre », la baie de Landévennec offre aux navires de la Marine nationale un refuge stratégique. Dans ce repli d’eau calme, la brume s’effiloche au ras des vagues, l’odeur du sel pénètre les maisons et le métal des navires luit sous une lumière froide.Le paquebot de luxe Pasteur, tout juste lancé, gagne cet abri jusqu’en février 1940. Environ deux cents marins demeurent à bord pour veiller à son entretien.
Afin de rompre la monotonie de l’attente, le commandant Marc Petiot organise fêtes et réceptions ; les habitants de la presqu’île franchissent les portes du navire, apportant dans leurs vêtements l’humidité des chemins et le parfum du bois mouillé. Sous les lanternes, les conversations s’élèvent, les verres tintent, les silhouettes se rapprochent. La guerre recule dans les apparences, sans jamais disparaître. Dans cette baie encore loin du cimetière de bateaux que les années lui réservent, la discrétion militaire, la vie maritime et les éclats de fête composent une trêve fragile. Hélène et Margot observent Carlos et Maria avec une méfiance qu’elles dissimulent mal.
Hélène retient ses mains l’une contre l’autre ; Margot détourne parfois les yeux, puis revient à leurs visages. Leur bienveillance paraît trop parfaite, trop lisse, trop exactement accordée aux besoins de chacun. Derrière cette douceur, l’hypothèse de deux espions s’obstine.François demande qui vivait autrefois dans cette magnifique maison. Il regarde les murs, les boiseries sombres, la véranda où la pluie tambourine doucement.
— Constance, peut-être, souffle-t-il. À ce nom, le regard de Jean-Louis se brise. Ses yeux se remplissent de larmes ; ses épaules cèdent lentement, comme si une armure invisible glissait enfin de son corps. Les pleurs descendent sur ses joues fatiguées. Il ne cherche pas à les retenir. Ses mains se tendent vers l