Résumé — L’Affaire Aliker, Brest 1935 et les Disparitions des Keraudren
L’histoire débute sous l’ombre d’un climat politique et social explosif. En Martinique, le nom d’André Aliker demeure dans toutes les mémoires. Journaliste engagé, il dénonçait les abus économiques, les réseaux d’influence et certaines collusions locales. Son assassinat marque profondément les consciences antillaises. Pour beaucoup, sa mort symbolise une vérité simple : certains secrets dérangent au point de provoquer des disparitions.
Au même moment, en métropole, la Bretagne traverse elle aussi une période de tensions extrêmes. À Brest, durant l’année 1935, les ouvriers de l’arsenal subissent une réduction progressive des salaires et des conditions de travail de plus en plus dures. La colère monte dans les ateliers et sur les quais. Des manifestations éclatent. Les affrontements provoquent morts et blessés. La ville entière bascule dans une agitation sociale que plusieurs témoins qualifieront plus tard de « révolution rouge ». Le pouvoir redoute l’influence communiste parmi les ouvriers du port militaire.
Ce chaos devient un terrain idéal pour des opérations clandestines.
Car Brest représente déjà un enjeu stratégique majeur. Les mouvements des sous-marins, les nouveaux bâtiments militaires et les installations navales attirent l’attention des services secrets allemands. Plusieurs réseaux d’espionnage nazis commencent à s’implanter discrètement dans la région. Parmi eux apparaît le nom de Lydia Oswald, femme mystérieuse arrêtée pour espionnage après avoir observé les activités militaires de la rade de Brest et du croiseur Émile Bertin.
Dans ce contexte troublé survient la disparition du docteur Jacques Keraudren et de son épouse Justine, le 6 août 1935, jour du pardon de Chapelle de Sainte-Anne de la Palud. Sauveteurs en mer respectés, installés près de Sainte-Anne de la Palud, ils menaient parallèlement des recherches scientifiques avancées sur l’ADN, l’hérédité et les lignées de jumeaux hétérozygotes, plusieurs décennies avant la reconnaissance mondiale de ces travaux.
Leurs recherches intriguent.
Les Keraudren étudiaient déjà les mécanismes de transmission génétique, les influences environnementales sur l’expression des gènes ainsi que les particularités cognitives présentes dans certaines lignées familiales. Leurs notes évoquaient également la surdouance et les capacités intellectuelles exceptionnelles observées chez plusieurs membres de leur famille.
Puis ils disparaissent sans laisser de trace.
Très vite, plusieurs hypothèses émergent :
enlèvement lié à leurs recherches scientifiques ;
récupération de documents par des réseaux allemands ;
changement d’identité orchestré dans le chaos des émeutes brestoises ;
ou enfermement secret afin d’exploiter leurs découvertes.
Les jumelles Hélène et Margot, âgées de seulement quatre ans lors des événements, ne conservent que des souvenirs fragmentés. Plus tard, un daguerréotype retrouvé dans un manuscrit révèle une femme au visage doux présentée comme la véritable Philomène Kerdreux. Cette photographie contredit totalement l’image froide et dure de la femme ayant ensuite vécu sous cette identité.
Le doute devient immense.
Jean-Louis Moreau affirme alors qu’un petit groupe accompagnait l’espionne présumée, notamment une femme plus âgée toujours présente en retrait. Maria et Carlos Guillermo, réfugiés espagnols installés à Camaret-sur-Mer après la guerre civile espagnole, reconnaissent eux aussi certains mécanismes employés autrefois par les réseaux fascistes : faux papiers, faux décès, substitutions d’identité et disparitions organisées.
Pendant ce temps, les jeunes grandissent sous surveillance judiciaire et sous l’autorité de François Le Goff et Janine Chevalier. Les séances imposées chez le psychiatre deviennent oppressantes. François de Monclair et Loïc comprennent progressivement que certaines questions dépassent largement le simple cadre médical. Leurs relations avec Hélène et Margot semblent connues avant même qu’ils les évoquent eux-mêmes.
La guerre approche désormais.
En Bretagne occupée comme en Martinique sous contrôle de Vichy, les pénuries, la surveillance et les réseaux clandestins se multiplient. La résistance commence lentement à s’organiser autour de figures réelles comme Yvonne Le Roux, active sur la presqu’île de Crozon.
Au centre de toute cette histoire demeure une question unique :
les travaux des Keraudren existent-ils encore, et qui cherche désormais à les récupérer ?