J’accuse, les acteurs des horreurs qui répandent comme une cendre froide sur nos villes.
J’accuse ceux qui forgent des slogans en acier, qui nomment “Epic Fury” une raison plutôt qu’un crime,
ceux qui, dans des salles éclairées, décident d’écraser des pays et des vies sans trembler.
J’accuse l’orgueil des puissants qui voient des frontières comme des chiffres, et non comme des maisons vandalisées par la peur.
J’accuse l’indifférence qui pompe le courage dans les veines des peuples, qui transforme le cri en bruit de fond,
qui laisse les enfants compter les bommes imaginaires pendant que les adultes calculent les gains.
J’accuse les mémorandums oubliés, les promesses qui se dérobent comme des ruines sous la pluie.
J’accuse l’absurde architecture de sécurité qui prétend sauver la “dissuasion” en
construisant des couloirs de feux, des escalades de morts, des “conflits limités” qui ne veulent pas dire leur nom.
Qu’on cesse de parler de zones et de seuils comme si l’humanité pouvait se courber sans plier.
J’accuse les gouvernements qui, sous le prétexte de l’ordre, écrasent la vie sous les chiffres:
territoires, sanctions, alliances, pertes — et jamais le visage des veuves, des orphelins,
des villes qui tremblent au moindre coup de vent, comme des draps sur un lit de cendre.
J’accuse l’illusion qui croit qu’un monde “moins pire” est un monde acceptable.
Si l’horreur se multiplie sans éclat nucléaire, qu’on n’appelle pas cela une victoire:
c’est une fracture lente qui ronge la mémoire et transforme chaque jour en un hiver sans fin.
J’adresse mes yeux au ciel et je dis: ne vous trompez pas de combat.
La lutte n’est pas contre un adversaire lointain, mais contre la peur qui anesthésie le droit.
Contre l’oubli qui ramène les guerres, comme des chaînes gravées sur la peau des populations.
Et pourtant, malgré les tours, les discours, les crimes prescrits dans des clauses sinistres,
il reste une voix qui peut encore s’élever.
Une voix qui dit oui à la vie, non à l’adoration de la mort, oui à la justice qui guérit,
non au droit de tuer couvert par des lois écrites au cœur de l’ombre.
J’accuse, enfin, ce silence qui couvre les pleurs et les débris:
que chacun prenne la plume — ou la voix — et fasse du monde une mémoire vivante,
que la dissuasion se transforme en protection des faibles, en dignité retrouvée,
que cesse l’escalade invisible et que recommence la conversation entre les hommes.
Que cesse, surtout, le langage qui transforme l’humain en simple variable d’un calcul géopolitique.
Et que naisse, de nos mains tremblantes et de nos cœurs noués, un pacte:
pour que jamais plus la guerre ne devienne une routine,