Le système colonial français perdure en Martinique dans les années 1950, notamment dans des villes telles que Fort-de-France, Le Lamentin, Sainte-Anne, Sainte-Marie ou encore Le Marin. La domination coloniale reste ancrée dans les structures économiques, administratives et sociales, avec une forte concentration de pouvoir entre les mains des grandes entreprises sucrières françaises et des autorités métropolitaines. Cependant, cette présence coloniale commence à montrer des signes de mutation, à mesure que la société insulaire prend conscience de ses inégalités et de ses aspirations à plus d’autonomie.
L’un des événements majeurs de cette période est la départementalisation de la Martinique, en 1946, qui marque une étape cruciale dans le processus de reconnaissance officielle de l’île comme département français. Cette réforme, portée par le gouvernement français et soutenue par des figures politiques telles qu’Aimé Césaire, natif de Fort-de-France, constitue une première avancée vers une meilleure représentation locale. Césaire, avec sa pensée anticolonialiste et panafricaine, devient un acteur clé de cette mutation, en dénonçant l’exploitation économique et la domination culturelle de la métropole.
Dans cette logique, des mouvements revendicatifs commencent à apparaître, même s’ils restent encore marginaux. En 1950, par exemple, l’organisation de grèves dans des plantations de canne à sucre à Sainte-Luce ou à Sainte-Anne témoigne de la montée de la contestation sociale. Ces mouvements, souvent portés par des syndicalistes locaux ou des associations de travailleurs, réclament de meilleures conditions de travail, la reconnaissance de leurs droits, et une plus grande participation politique.
La colonisation y est encore perçue comme une domination, avec une forte présence de l’administration coloniale dans les villes comme Fort-de-France, qui devient le centre névralgique des revendications culturelles et politiques. La création en 1950 du « Comité pour la Défense de la Culture et de l’Identité Martiniquaise » à Fort-de-France, par des intellectuels comme Césaire ou Gratiant, marque une étape dans la résistance à l’hégémonie culturelle métropolitaine. La lutte pour la valorisation de la culture créole, la langue, et l’histoire locale émerge alors comme un enjeu central.
Par ailleurs, des événements comme la manifestation du 22 mai 1950, à Fort-de-France, où des ouvriers réclamaient de meilleures conditions, illustrent cette conscience grandissante des inégalités et la volonté de changement. Même si ces revendications restent encore limitées dans le contexte global, elles annoncent la montée en puissance des mouvements pour l’émancipation de la Martinique.
Ainsi, dans cette période, la présence coloniale en Martinique demeure forte, avec une administration et une économie encore largement contrôlées par la métropole. Pourtant, des idées de changement circulent, alimentées par des figures comme Aimé Césaire, qui prône la lutte contre le colonialisme, la valorisation de l’identité locale, et l’émancipation économique. La société martiniquaise, encore largement rurale et agricole, commence à amorcer sa mutation vers une conscience collective de ses droits et de ses aspirations à un avenir plus autonome.