André Aliker, né le 10 février 1894 au Lamentin en Martinique dans une famille d’ouvriers agricoles, s’engage dans la Première Guerre mondiale à 20 ans. Après son retour en 1918, il travaille dans le commerce et devient journaliste militant, rédacteur en chef du journal Justice du Parti Communiste Martiniquais. Il publie des articles dénonçant les injustices sociales, notamment en révélant un scandale financier impliquant Eugène Aubéry, un industriel influent. Face à l’intimidation, la violence et la censure, il résiste, mais en novembre 1933, il est passé à tabac, et en janvier 1934, il est enlevé, ligoté, puis jeté à la mer à FDF, survivant de justesse. Sa mort provoque une forte émotion, ses obsèques rassemblant une foule importante. Lors du procès en 1936, ses accusés sont relaxés faute de preuves, tandis qu’Eugène Aubéry, témoin, est condamné à une amende mais ne se présente pas. Son frère Marcel tente de venger sa mort en ouvrant le feu sur Aubéry lors d’un enterrement, mais son arme s’enraye. Il est arrêté, jugé, puis acquitté sous la pression populaire. La figure d’André Aliker devient une icône de lutte contre l’injustice en Martinique.
En août 1935, Brest connaît des émeutes suite aux décrets-lois du 16 juillet, visant une réduction de 10% des salaires des ouvriers, en réponse à la crise économique et au contexte du Front populaire. La ville, fortement dépendante de l’arsenal maritime employant environ 6 000 ouvriers, voit ses tensions s’intensifier après le paiement des salaires amputés, provoquant des manifestations, des affrontements avec la police, des destructions, et la mort de trois ouvriers, notamment Joseph Baraër. La révolte atteint son apogée avec des barricades, des échanges de pierres, et des obsèques massives. En 1950, à Brest, des affrontements violents opposent ouvriers, dockers, et forces de l’ordre durant un mois, en contexte de reconstruction après la guerre, avec des revendications liées à la paix en Indochine, à la solidarité ouvrière, et à la contestation de la fabrication navale pour la guerre. La période est marquée par la forte influence du PCF, des grèves, des arrestations comme celle d'Henri Martin, et des dénonciations de injustices sociales, notamment par des témoignages de blessés invalides et de militant.
Abalain, ivre et armé, abattu
L’affaire d’André Aliker en Martinique et les émeutes de Brest en 1935 illustrent toutes deux comment l’injustice sociale et politique peut enflammer la colère populaire. Dans les deux cas, des individus ou des groupes dénoncent des abus, de la corruption ou des mesures injustes—qu’il s’agisse d’un journaliste assassiné pour avoir révélé la vérité ou de travailleurs manifestant contre une réduction de salaire imposée par un gouvernement autoritaire. Ces événements montrent que l’injustice, qu’elle soit d’ordre moral, économique ou politique, peut devenir le catalyseur d’une révolte collective, révélant la profondeur du malaise social et la nécessité d’une justice véritable.
Citation :
"L’injustice est le fer qui forge la colère, et la colère, la flamme qui consume l’oubli des voix silencieuses