Le vent lacère la pointe de Pen-Hir.
Rafales sèches. Horizon morcelé.
Loïc, François de Monclair et François Le Goff patientent.
Silence tendu. Regards fixes.
Un véhicule stoppe à distance.
Portières claquent.
Deux silhouettes descendent.
Une troisième demeure dans l’ombre.
Christophe Tieng N’Doye avance, poignets entravés.
Traits tirés. Regard ferme.
— Peu de temps, lâche un homme.
Loïc scrute les menottes. Aucune réponse.
— Qu’as-tu déclenché ?
Un rictus fend le visage de Christophe.
— Rien. Une chaîne remontée.
Le vent siffle entre les roches.
François de Monclair s’approche.
— Quelle chaîne ?
— Les dossiers. Tous. Convergence nette.
— Vers qui ?
— Vers le régime de Vichy.
Le mot tranche l’air.
François Le Goff intervient.
— Accusation grave. Preuves ?
Christophe incline la tête.
— Correspondances. Codages. Transmissions indirectes.
Un souffle.
— Et un relais interne.
Loïc se raidit.
— Nom.
Un temps.
Christophe jauge. Puis tranche.
— Véronika.
Le nom circule, froid.
François de Monclair plisse les yeux.
— Véronika Robert ?
— Couverture. Identité fabriquée.
Le vent redouble.
La mer cogne les falaises.
— Réseau structuré, reprend Christophe. Échanges fragmentés. Messages dissimulés.
— Depuis quand ? demande Loïc.
— Assez longtemps pour infiltrer sans alerte.
François Le Goff croise les bras.
— Accusé de trahison. Menotté. Crédibilité fragile.
Christophe lève ses poignets.
— Justement. Mécanique visible. Écart rapide. Sans confrontation.
François de Monclair acquiesce.
— Mutation forcée ?
— Rapatriement vers Dakar. Transit par Morlaix.
Loïc fixe l’horizon.
— Aucun retour.
Un silence tombe.
— Ni famille, ajoute François Le Goff.
Une ombre traverse le regard de Christophe.
— Océane… silence.
Le vent faiblit.
— Objectif clair, reprend-il. Neutraliser l’alerte.
— Et nous ? demande Loïc.
— Encore exploitables. Non identifiés.
François de Monclair s’avance.
— Pourquoi nous ?
— Déjà inclus. Sans conscience.
Un temps.
— Véronika dissimule plus qu’un nom.
— Précise, ordonne Loïc.
— Similitudes troublantes.
— Avec qui ?
— Roselyne.
… et Alain de Monclair.
Le silence s’alourdit.
François de Monclair se fige.
— Mesure tes mots.
— Mesure déjà prise.
François Le Goff intervient.
— Ressemblance physique ?
— Et construction mentale. Double lecture possible.
Loïc serre la mâchoire.
— Usurpation ?
— Superposition. Plus efficace.
Un garde s’impatiente.
— Terminez.
Christophe accélère.
— Pointe de Pen-Hir : point d’échange.
— Nature ? demande François.
— Messages codés. Supports discrets. Aucun contact direct.
François Le Goff hoche la tête.
— Dépôts.
— Exact.
Christophe fixe Loïc.
— À Morlaix, transfert prévu.
Mais une fenêtre existera.
— Durée ? demande Loïc.
— Quelques heures. Moins, peut-être.
François de Monclair tranche.
— Attente précise ?
— Vérification. Recoupement. Discrétion totale.
Un souffle.
— Et surtout… cible juste.
Le silence revient.
— Trahison isolée ? murmure Christophe.
Non. Structure.
Il redresse la tête.
— Un Dreyfus 2.
Fabrication, pas erreur.
Les mots suspendent l’air.
Les gardes avancent.
— Fin.
Christophe recule. Puis lance :
— Celui que vous croyez connaître…
porte peut-être un autre nom.
Il disparaît dans le véhicule.
Brume avale la scène.
Les trois hommes demeurent.
Muets.
Enfin, François Le Goff murmure :
— Relais. Faux nom. Réseau codé.
Loïc fixe la mer.
— Et cible mouvante.
François de Monclair tranche.
— Manipulation.
Le vent reprend. Violent.
À Pen-Hir, une certitude naît :
la ligne de loyauté ne sépare plus les hommes,
elle fracture les identités.