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Thriller Historique presqu'île de Crozon seconde guerre mondiale 39-45

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La Presqu’île aux veilleurs

La silhouette sortit lentement de l’ombre de la fortification. La brume glissait entre les pierres comme une respiration ancienne.

« Vous ne devriez pas être ici. »

La voix était rauque, fatiguée, comme polie par des années de vent salé.

Sophie sentit le bras d’Olivier se tendre à côté d’elle. Le métal qu’ils avaient aperçu n’était qu’une lampe torche cabossée, tenue dans une main ridée.

L’homme avança encore de quelques pas. La lumière révéla un visage creusé par les saisons, une barbe blanche courte, et des yeux étonnamment vifs.

« Qui êtes-vous ? » répéta Olivier.

L’inconnu esquissa un sourire presque ironique.

« Un gardien… disons. Les promeneurs nocturnes sont rares ici. »

Sophie observa les murs. Les pierres massives appartenaient à l’une des anciennes positions militaires qui surveillaient l’entrée de la rade de Brest, sur la presqu’île de Presqu'île de Crozon. Les blockhaus et batteries abandonnés parsemaient encore les falaises, héritage de la forteresse allemande intégrée au Mur de l'Atlantique pendant la Seconde Guerre mondiale.

Elle répondit calmement :

— Nous ne cherchons pas d’ennuis. Nous travaillons sur l’histoire du lieu.

L’homme les fixa longtemps, comme s’il pesait leurs mots.

Le vent monta brusquement depuis l’océan. Au loin, les vagues se fracassaient contre les falaises de la pointe, du côté du Cap de la Chèvre.

« L’histoire… » murmura-t-il.
« Ici, elle n’est jamais vraiment partie. »

Il tourna la lampe vers l’intérieur de la fortification. Le faisceau révéla une entrée étroite creusée dans le béton.

« Vous voyez ces murs ? Les Allemands ont renforcé tout cela après 1942. Des soldats vivaient là. Certains n’en sont jamais sortis. D’autres… ont disparu après la guerre. »

Sophie échangea un regard avec Olivier.

Disparu.

Le mot vibrait étrangement avec leur propre enquête.

L’homme poursuivit :

« Les archives racontent une guerre. Les pierres, elles, racontent autre chose. Des convois de nuit. Des bateaux qui ne figuraient sur aucun registre. Des enfants qu’on n’a jamais retrouvés… »

Le cœur de Sophie se serra.

Le vent souleva un instant la brume, révélant la mer noire en contrebas. Dans le grondement des vagues, la presqu’île semblait retenir son souffle.

« Si vous cherchez vraiment la vérité, » reprit l’homme, « vous devriez regarder du côté de l’ancienne batterie, au-dessus de l’anse. »

Il désigna vaguement l’est.

« Là-bas, certaines choses ont été enterrées. Pas seulement des armes. »

Olivier fronça les sourcils.

— Pourquoi nous dire tout ça ?

Le vieil homme éteignit sa lampe.

L’obscurité retomba aussitôt autour d’eux.

Sa réponse vint presque comme un murmure porté par la mer :

« Parce que certains secrets ont attendu trop longtemps. »

Quand Sophie ralluma sa propre lampe quelques secondes plus tard, l’homme avait déjà disparu dans la brume de la presqu’île.

Seul le bruit des vagues continuait de battre les falaises, comme une mémoire qui refusait de se taire.

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