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En Guyane, les dissidents tentent de rejoindre le Suriname
Entre 4 000 et 5 000 personnes quittent la Guadeloupe et la Martinique pour rallier les FFL installées aux îles anglaises de la Dominique et de Sainte-Lucie de 1940 à 1943. Après des stages de formation militaire aux États-Unis, au Canada ou en Grande-Bretagne, ils rejoignent les rangs des FFL et participent aux campagnes militaires. Les dissidents sont incorporés dans les bataillons antillais de marche n°1 et n°5 et participent au débarquement de Provence à la bataille de Monte Cassino, aux fronts d'Alsace et de Royan. Malgré leur apport militaire, le ministre des Colonies ordonne au Conseil national de la résistance de rayer des cadres ces jeunes antillo-guyanais soupçonnés d’être partisans de l’indépendance de leurs territoires[3]. Selon le même principe, quelques centaines de Guyanais seraient entrés en dissidence[6],[7].
La dissidence est un phénomène très significatif qui malgré le danger implique environ 1 % de la population de ces territoires où « Vichy signifie clairement un retour en arrière et, aux Antilles, tout retour en arrière renvoie tout de suite au grand retournement : le rétablissement de l'esclavage par Bonaparte en 1802 ». La dissidence se distingue de la résistance en métropole par l'absence de rivalité avec les Nazis : il s'agit d'abord d'une opposition au régime vichyste et d'un engagement républicain. Au sortir du conflit, les dissidents sont soupçonnés de visées indépendantistes, d'où le fait qu'en juillet 1945, le ministre des Colonies Paul Giacobbi donnait pour instruction au Conseil national de la Résistance de ne pas admettre les Antillais comme des résistants à part entière[8]. De ce fait, si un monument à la mémoire des dissidents antillais est même érigé dès 1947 à la Dominique
IA étude :
La Résistance Antillaise face au Régime de Vichy : Un Engagement Courageux et Complexe (1940-1945)
L’Occupation et la collaboration instaurée par le régime de Vichy en France métropolitaine ont profondément impacté les territoires d’outre-mer, notamment en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane et dans d’autres colonies antillaises. Dès octobre 1940, lors de la déclaration de la voie collaborationniste par le maréchal Pétain, une majorité de représentants locaux choisissent de se soumettre à la nouvelle autorité, notamment avec l’appui de figures comme l’amiral Robert, commandant en chef de l’Atlantique Ouest, et Constant Sorin, gouverneur de la Guadeloupe. Cependant, cette capitulation n’a pas été unanime, et la résistance à Vichy s’est manifestée de diverses manières, notamment par la dissidence et l’engagement dans la France libre.
Dès la fin juin 1940, des conseils généraux comme ceux de la Guadeloupe et de la Martinique ont exprimé leur ralliement à la France combattante, mais la présence des forces loyales à Vichy, notamment l’amiral Robert, a constitué une dissuasion significative. La dissidence a néanmoins émergé parmi une partie de la population, notamment chez les jeunes, qui ont choisi de rejoindre les Forces françaises libres (FFL). Leur engagement s’est concrétisé par des exodes vers les colonies britanniques telles que la Dominique, Sainte-Lucie ou Trinidad, pour rejoindre les rangs de la résistance extérieure. Ces jeunes, souvent motivés par le refus de la domination vichyste et par un sens de loyauté envers la République, ont traversé des canaux périlleux, comme celui de Sainte-Lucie ou de la Dominique, pour rejoindre les colonies britanniques, où ils ont reçu une formation militaire, notamment à Fort Dix (New Jersey), sous la tutelle des Alliés (Jennings, 2004).
Selon l’historien Eric T. Jennings, entre 4 000 et 5 000 Antillais ont choisi de quitter leur terre natale pour rejoindre les FFL entre 1940 et 1943. Ces volontaires ont été intégrés dans des bataillons spécifiques, comme les bataillons antillais de marche n°1 et n°5, et ont participé à plusieurs campagnes militaires majeures, notamment le débarquement de Provence, la bataille de Monte Cassino, ainsi que les fronts d’Alsace et de Royan (Jennings, 2004). Leur engagement militaire a été remarquable, mais a également été marqué par des discriminations raciales, notamment lors de leur incorporation aux États-Unis, où certains navires américains empêchaient l’embarquement de volontaires de couleur, comme l’a rapporté l’adjudant Adigard des Gautries en 1943 (Gautries, 1943).
Il est essentiel de souligner que la dissidence ne se limitait pas à la participation militaire. Elle était également une opposition politique et idéologique à Vichy, incarnant un engagement républicain contre le régime collaborateur. Contrairement à la résistance métropolitaine, la dissidence antillaise ne s’est pas toujours inscrite dans un combat contre l’occupant nazi, mais plutôt contre la politique de Vichy en tant que régime autoritaire et conservateur. Ce phénomène a été d’autant plus significatif que, dans le contexte des Antilles, toute forme de retour en arrière évoquait le souvenir de l’esclavage, abolissant en 1802 par Bonaparte, et symbolisait une opposition à toute forme de domination ou de régression sociale (Gordon, 1998).
La dissidence antillaise a cependant été fortement politiquement pénalisée après-guerre. En 1945, le ministre des Colonies, Paul Giacobbi, a donné pour instruction au Conseil national de la Résistance de ne pas reconnaître comme résistants ceux qui avaient rejoint la France libre, craignant que leur engagement ne soit interprété comme une volonté d’indépendance ou de rupture avec la métropole. Cette méfiance perdurait, malgré la reconnaissance de leur contribution militaire, et expliquait notamment que, dès 1947, un monument en hommage aux dissidents antillais ait été érigé à la Dominique, témoignant de la mémoire collective de leur engagement courageux (Gordon, 1998).
En conclusion, l’engagement des Antillais dans la Résistance face au régime de Vichy illustre la complexité des rapports entre colonie et métropole durant cette période. Si certains ont choisi la voie de la collaboration ou de la soumission, une majorité significative a préféré s’engager dans la lutte pour la liberté, la démocratie et la République, malgré les risques et les discriminations. Leur contribution, souvent méconnue, a été essentielle dans la dynamique globale de la Résistance française, et leur mémoire continue d’incarner la lutte contre l’oppression et pour la dignité humaine dans les territoires antillais.