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Chapitre II — L’or et la nuit
La nuit s’abattit sur Camaret-sur-Mer, compacte, fouettée par un vent d’ouest qui faisait vibrer les volets et gémir les haubans dans le port.
Depuis la pointe, les silhouettes de la Tour Vauban de Camaret et des batteries côtières se dissipaient dans la pluie, avalées par une obscurité mouvante.
Vers la plage de Pen-Hat, les vagues martelaient la grève avec une régularité sourde, projetant des gerbes d’écume contre les rochers.
Henri releva son col détrempé.
— Le navire pour la Martinique… l’Émile Bertin… Il transporte l’or de France.
Célestine garda le silence.
Son regard fouillait l’horizon, là où la mer se confondait avec le ciel. Elle connaissait ces eaux, leurs courants traîtres entre la pointe de Toulinguet et le large. Si l’information se confirmait, l’équilibre fragile de la région vacillerait.
À quelques kilomètres, dans une maison basse aux murs blanchis de Crozon, Jean-Louis Moreau replia une carte marine.
— Les sœurs Keraudren ont réussi leurs examens. Elles sauront intervenir.
La lampe à pétrole projetait une lumière instable sur son visage.
Derrière lui, la route descendait vers l’anse de Dinan.
Son esprit, lui, avait déjà traversé l’Atlantique.
Vers la Martinique.
Vers celle qui finançait ses opérations.
Dans l’ombre du muret, Hélène retenait son souffle.
Ses mains, encore imprégnées d’iode et d’alcool, trahissaient son activité récente. La veille, elle avait pansé un officier blessé près du cap de la Chèvre, dans une maison désertée où le sable s’infiltrait sous la porte, comme une marée lente.
Le réseau de Yvonne Le Roux n’acceptait ni conjectures ni approximations.
Il exigeait des preuves.
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