Les Maisons du Souvenir
Le vent souffle doucement sur la côte sud de la Martinique. Devant eux, la mer se déploie en nappes turquoise autour du Cap Chevalier. Non loin, les palmiers penchent vers la plage de Anse Michel, où l’eau claire glisse sur le sable blanc.
Marie et Charles marchent lentement le long du rivage. Le lieu est paisible, presque irréel, comme si la beauté du paysage voulait masquer les questions qui les hantent.
En visionnant le film
Olivier brise le silence.
— Véronique… une chercheuse en neurosciences… sans diplôme. Tu te rends compte ?
Justine regarde la mer.
— Oui. C’est cela qui me trouble. Comment quelqu’un sans formation officielle peut-il mener des recherches aussi avancées ?
— Elle n’a peut-être jamais eu besoin de diplôme, répond Olivier. Certaines personnes savent… instinctivement.
Justine secoue la tête.
— Ou alors quelqu’un lui a appris.
Un moment passe.
— Nos parents en savaient trop, murmure-t-elle.
Olivier ne répond pas immédiatement.
— Quatre bébés vont naître bientôt… dit-il enfin. Et la même question revient toujours.
Il se tourne vers elle.
— D’où provient cette lignée HPI ?
Le mot flotte dans l’air chaud.
Justine fronce les sourcils.
— J’ai l’impression qu’elle est visée… cette lignée.
— Par qui ?
— Par ceux qui savent.
Le bruit d’une barque contre un petit ponton attire leur attention. Plus loin, près de la mangrove, quelques cabanes de bois apparaissent entre les arbres.
Justine s’arrête.
— Tu vois cette petite maison ?
Olivier observe.
— Oui.
— J’ai l’impression d’y être déjà venue.
Il la regarde, surpris.
— Tu te souviens de quelque chose ?
Justine hésite.
— Des cabanes… des barques… un couple qui vivait là.
Sa voix devient incertaine.
— Ils dormaient dehors parfois. Comme des pêcheurs.
Olivier fronce les sourcils.
— Tout le temps ?
Justine ferme les yeux un instant.
— Je ne sais plus.
Puis elle murmure :
— Olivier… mon père prenait de plus en plus de gardes à cette époque.
Il la regarde attentivement.
— Tu penses qu’il essayait de nous protéger ?
— Peut-être.
Elle baisse la voix.
— Ou de surveiller.
Olivier soupire.
— Tu sais… j’ai une étrange impression.
— Laquelle ?
Il regarde l’horizon.
— Que je ne suis pas le seul à avoir perdu la mémoire.
Le vent soulève le sable.
Devant eux, la mer continue de battre doucement les rivages du Cap Chevalier, comme si les vagues tentaient, patiemment, de ramener à la surface les fragments d’un passé oublié.
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