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Chapitre 8 : Avortements forcés à La Réunion/ Thriller, Livre overblog littérature

                               

 

Saint-Benoît se situe à environ 40 kilomètres au sud-est de Saint-Denis, le chef-lieu. C'est la seconde plus grande commune de La Réunion par sa superficie : elle s'étend du battant des lames au sommet des montagnes pour culminer à la caverne Dufour et est composée d'une trentaine de quartiers ou lieux-dits.

Son territoire communal est délimité par la rivière des Roches au nord, l'océan Indien à l'est, la rivière de l'Est au sud. Ceux de Bras-Panon, de Cilaos, de L'Entre-Deux, de La Plaine-des-Palmistes, de Sainte-Rose, de Salazie et du Tampon lui sont limitrophes.

Il est traversé d'ouest en est par la rivière des Marsouins, dont le versant nord est couvert par la forêt de Villeneuve et la forêt du Piton Papangue. Au sud de la rivière se trouve la forêt du Cratère.

Entre Brumes Bretonnes
et Secrets Antillais
Là où les falaises de Crozon rencontrent les rivages de la Martinique,
une société secrète veille depuis l'abolition

✦ ✦ ✦

Chapitre Huitième

Les Sentinelles du Lys d'Or
Quand le masque tombe, la vérité frappe avec la force d'un ouragan

La Reconnaissance
La jeune femme entre dans le parloir du monastère, ses pas résonnant sur les dalles de pierre. Elle porte une robe simple mais élégante, ses cheveux châtains noués en chignon. Son visage, pâle et tendu, trahit une anxiété profonde.

« Je suis Sylvie Le Goff », annonce-t-elle d'une voix tremblante. « Je cherche Léonie de Mauclair. »

Une religieuse âgée, Sœur Marie-Thérèse, s'avance lentement. Son regard perçant scrute la visiteuse avec une intensité troublante. Soudain, ses yeux s'écarquillent. Sa main se porte à sa bouche.

"Vous... Je vous connais."
La voix de Sœur Marie-Thérèse tremble. « Vous n'êtes pas Sylvie Le Goff. Je vous ai vue. À l'hôpital de Brest. Lors de la naissance d'Erwan Le Gall. Et aussi... » Elle marque une pause, ses mains jointes tremblant légèrement. « Aussi le jour où Philippe Le Gall est mort. Le 27 avril 1952. »

Un silence de plomb s'abat sur le parloir. La jeune femme reste figée, son masque de vulnérabilité se fissurant comme du verre brisé.

« Vous étiez là », continue la religieuse, sa voix montant en intensité. « Présente à chaque moment crucial. Vous observiez, vous écoutiez. Vous rapportiez tout. »

« Vous êtes une espionne. »

Les Sentinelles du Lys d'Or
Elena et Léonie surgissent dans le parloir, attirées par les éclats de voix. Elles découvrent la scène : Sœur Marie-Thérèse, droite comme un I, pointant du doigt la fausse Sylvie Le Goff.

« Parlez », ordonne la religieuse avec une autorité surprenante. « Pour qui travaillez-vous ? »

La jeune femme hésite, son regard balayant la pièce, cherchant une issue. Puis, réalisant qu'elle est piégée, elle relève fièrement le menton.

LES SENTINELLES DU LYS D'OR

« Depuis l'abolition de l'esclavage en 1848,
nous veillons sur l'ordre établi. »

✦ Gardiens des Secrets ✦

✦ Protecteurs de l'Ordre ✦

✦ Maîtres de l'Ombre ✦

« Je travaille pour les Sentinelles du Lys d'Or », annonce-t-elle avec une fierté glacée. « Une société fondée en 1848, au lendemain du décret d'abolition. Quand Victor Schœlcher a libéré les esclaves, certains ont compris qu'un nouveau monde naissait. Un monde qu'il fallait contrôler, surveiller, guider. »

Léonie sent ses jambes se dérober. Elena la soutient, mais elle-même est blême.

« Les Sentinelles », poursuit la femme, « existent des deux côtés de l'Atlantique. En Bretagne et aux Antilles. Nous infiltrons les institutions : les hôpitaux, les tribunaux, les gendarmeries, les églises. Nous observons, nous rapportons, nous intervenons quand nécessaire. »

"Nous sommes partout. Nous voyons tout.
Nous protégeons l'ordre établi."
« Je suis l'espionne personnelle du Procureur Bellancourt et de son épouse, la chercheuse Isabelle Bellancourt. Eux-mêmes membres influents des Sentinelles. Ils dirigent les opérations en Martinique depuis des décennies. »

Sœur Marie-Thérèse serre les dents. « Et vous étiez à l'hôpital... »

« Oui », acquiesce la femme sans remords. « Présente à la naissance d'Erwan Le Gall, surveillant l'étrange situation du Dr Jean Le Gall et de sa femme Marguerite. Présente aussi lors du décès de Philippe Le Goff, le 27 avril 1952. »

Le Détail Qui Identifiait Philippe
« Philippe Le Goff », reprend l'espionne, son ton devenant plus technique, presque clinique. « Décédé le 27 avril 1952 à l'hôpital de Brest. Dix-huit ans. Officiellement, mort d'une pneumonie foudroyante. »

Elle marque une pause, ses yeux fixant Léonie avec une intensité troublante.

« Mais j'étais là. J'ai vu son corps. Et j'ai noté un détail que personne d'autre n'a remarqué, ou que personne n'a osé mentionner. »

La Marque Distinctive

Sur le poignet gauche de Philippe Le Goff, une cicatrice en forme de croissant. Ancienne, profonde. Une marque d'identification que seuls quelques initiés connaissaient.

Cette cicatrice provenait d'un rituel d'enfance, un pacte de sang effectué avec son frère jumeau mort-né. Le Dr Jean Le Gall l'avait marqué lui-même, quelques heures après sa naissance, pour le « protéger » des forces obscures.

« Cette cicatrice », continue l'espionne, « était répertoriée dans nos archives. Nous savions que Philippe Le Goff portait cette marque. C'est ainsi que nous l'avons identifié avec certitude, malgré l'état de son corps. »

« Malgré l'état de son corps ? » répète Léonie, sa voix tremblante. « Que voulez-vous dire ? »

« Son visage... » L'espionne hésite pour la première fois, une ombre de malaise traversant ses traits. « Son visage était méconnaissable. Enflé, déformé. Comme s'il avait été... battu. Ou empoisonné. Mais officiellement, c'était une pneumonie. »

"Sans cette cicatrice distinctive,
l'identification aurait été impossible."
« Aucune autopsie n'a été pratiquée », ajoute-t-elle. « Sur ordre direct du Procureur Bellancourt. François et Jeannine Le Goff ont protesté, mais leur voix n'a jamais été entendue. Le Dr Jean Le Gall lui-même a été écarté de l'affaire. »

Sœur Marie-Thérèse serre les poings. « Vous le saviez. Vous saviez que quelque chose n'allait pas, et vous n'avez rien dit. »

« Je suis une Sentinelle », répond froidement la femme. « Mon rôle est d'observer et de rapporter. Pas de juger. Pas d'intervenir. »

Mais ce jour-là, en voyant le corps tuméfié de Philippe Le Goff, un jeune homme de dix-huit ans devenu père trop tôt, quelque chose s'était fissuré en elle.

Quelque chose qui l'avait amenée ici, au monastère, sous une fausse identité.

Le Silence de la Tante Religieuse
Pendant que l'espionne révèle ses secrets, Sœur Marie-Thérèse observe en silence. Mais son silence n'est pas passif. C'est un silence stratégique, celui d'une femme qui comprend le danger mieux que quiconque.

Car Sœur Marie-Thérèse n'est pas une simple religieuse. Elle est la tante de Marie, la mère d'Aliénor. Elle est la grand-tante de cette petite fille dont la naissance, le 27 avril dernier, a déclenché une nouvelle série d'événements mystérieux.

Et elle pressent un danger imminent.

"Olivier... il est en danger."

Un nom prononcé dans le silence de son cœur.
Un jeune homme loin de la Martinique, vulnérable et inconscient du piège qui se referme.

Olivier. Étudiant à Saint-Cyr, l'école militaire prestigieuse. Actuellement en poste à la Réunion pour sa formation. Marié, et père bientôt. Son épouse attend un enfant.

Un enfant qui devrait naître... vers le 27 avril.

Sœur Marie-Thérèse a appris, par des canaux discrets qu'elle cultive depuis des années, qu'Olivier se trouve dans une situation délicate. Il est surveillé. Des hommes rodent autour de lui. Des Sentinelles, probablement.

"Pas un mot. Ne rien dire.
Le silence sauve parfois mieux que la parole."
Elle ne peut rien dire ouvertement. Les Sentinelles ont des oreilles partout, même ici, au monastère. Mais elle peut agir dans l'ombre.

Elle a déjà envoyé un message crypté à un contact de confiance à la Réunion. Un homme qui surveille discrètement Olivier, qui le protège sans qu'il le sache.

Car Sœur Marie-Thérèse craint pour l'enfant à naître. Tous les enfants nés le 27 avril semblent maudits. Philippe Le Gall, mort le jour de ses dix-huit ans. Aliénor, orpheline dès sa naissance. Et maintenant, le bébé d'Olivier...

Elle refuse de laisser un autre enfant tomber entre les griffes des Sentinelles.

La Mauvaise Nouvelle de la Réunion
Pendant que ces révélations secouent le monastère martiniquais, à l'autre bout de l'océan Indien, une tragédie se déroule.

Marie, la mère d'Aliénor, reçoit un télégramme. Ses mains tremblent en déchirant l'enveloppe. Elle lit une fois, deux fois, incapable de comprendre les mots qui dansent devant ses yeux.

Télégramme Urgent

LA RÉUNION – HÔPITAL MILITAIRE

Mathilde Le Goff, épouse de Laurent Le Goff, gendarme en poste.

Enceinte de sept mois.

Opération d'urgence : appendicite aiguë.

Durant l'intervention chirurgicale, complications graves.

HYSTÉRECTOMIE PRATIQUÉE

Utérus retiré pour sauver la vie de la patiente.

Marie s'effondre sur une chaise. Laurent est son frère. Mathilde, sa belle-sœur bien-aimée. Enceinte de sept mois. Un bébé qui aurait dû naître en décembre.

Une appendicite. Une opération de routine, normalement. Mais quelque chose a terriblement mal tourné.

Le télégramme ne dit pas tout. Marie sait lire entre les lignes. Une hystérectomie sur une femme enceinte de sept mois ? C'est rarissime. Catastrophique.

"Laurent a entendu l'enfant pleurer."
Cette phrase, griffonnée à la main au bas du télégramme, la glace jusqu'aux os.

Laurent a entendu l'enfant pleurer.

Cela signifie que le bébé était vivant au moment de l'opération. Cela signifie qu'il a été extrait de l'utérus de Mathilde. Cela signifie...

Où est l'enfant maintenant ?

Un enfant né à sept mois, prématuré.
Un cri entendu par le père.
Puis... le silence.

Marie se lève, chancelante. Elle doit contacter Laurent. Elle doit savoir. Mais les communications avec la Réunion sont difficiles, coûteuses, lentes.

Elle pense à Sœur Marie-Thérèse, sa tante au monastère. Elle pense à Léonie, à Elena, à toutes ces histoires de disparitions et de morts mystérieuses.

Et une question terrible s'impose à elle :

Est-ce que les Sentinelles du Lys d'Or
opèrent aussi à la Réunion ?

Ont-ils pris l'enfant de Laurent et Mathilde ?

Comme ils ont pris tant d'autres avant lui ?

— À suivre —

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