
On dénonce cette page obscure de notre histoire, un reflet que l'on préfère encore dissimuler, une tache noire inscrite dans la mémoire collective : l'affaire des enfants de la Creuse. Une odyssée honteuse, marquée par l'exploitation, la dépossession d'êtres humains brisés, arrachés à leur terre, victimes d'une barbarie dont la lueur a longtemps vacillé dans l'ombre.
Depuis 1962, des jeunes enfants réunionnais, pupilles de l'État, connaissent un déracinement brutal : arrachés à leurs familles, déchirés de leurs racines, exportés vers une France métropolitaine rongée par l'exode rural, comme des marchandises d'un marché obscur. Un transfert orchestré par des hommes et des institutions qui se disent au service de l'État, mais qui, dans l'ombre, ont commis l'irréparable.
On dénonce ceux qui, sous prétexte d'aide sociale, ont lancé cette opération de disparition massive. Le BUMIDOM, la DDASS, le ministère de la Santé, tous complices d'un gigantesque système de spoliation. Leur justification ? La peur d'une explosion démographique hors de contrôle, la crainte que la jeunesse réunionnaise ne devienne un bras revendicatif ou un moteur d'autonomie. Alors, on a séparé ces enfants de leurs familles, de leur identité, comme on déporte une cargaison infâme.
On vous le dit : cette opération n'était pas un simple acte d'aide. C'était une spoliation délibérée, une dépossession déguisée en « repeuplement ». La République, brandissant ses principes de liberté, d'égalité, de fraternité, a, dans l'ombre, décidé d'expédier ces enfants comme des pions dans des terres où ils furent souvent exploités, humiliés, maltraités.
On condamne cette politique de stérilisation forcée, d'avortements administrés sans consentement, pratiqués par des médecins métropolitains, noyant dans des produits vétérinaires des corps innocents, réduits à des réceptacles d'une démographie qu'on veut contrôler à tout prix. Une barbarie institutionnalisée, un crime contre l'humanité, occulte mais bien trop visible dans l'ombre de nos lois.
On vous le dit : ces campagnes hystériques, ces affiches déchaînées, masquaient la réalité. La suppression des libertés reproductives, la destruction des corps, la violation des droits fondamentaux. Que dire de ces femmes enceintes, stérilisées contre leur gré, ou de ces enfants confiés à des familles pour servir de main-d'œuvre gratuite, sans voix, sans nom ?
On condamne cette complicité du silence, cette lâcheté institutionnelle, qui permet, par son insouciance, que ces crimes perdurent, que la mémoire collective se taise. La vérité, encore aujourd'hui, doit éclater, comme un feu de forêt dévastateur, balayant le néant de l'oubli et du mépris.
Un nom résonne : une autre Justine, Elena Moreau, née sous les bombes, à Telgruc, en 1944. Elle partage le même destin que tant d'autres, non vendue, mais abandonnée. Louis vacille, Sophie hurle, déchirée entre la rage et la compassion :
Le bel homme, là, dans l'ombre, ressent l'appel de hurler, comme une ultime supplique, qui se perd dans le silence. Trop tard. Ding et Dong, ses complices muets, se jettent à ses pieds, comme pour lui demander justice, comme pour lui dire que la vie, même dans la douleur, refuse l'oubli.
Il parle, la voix tremblante mais forte, tentant de contenir la tempête qui menace de tout emporter :
Il lutte contre l'émotion, contre la marée de ses sanglots, contre l'écroulement intérieur. Son regard se tourne vers l'enfant, vers cette petite fille qui, dans d'autres bras, pourrait connaître la tendresse qu'on lui refuse.
Une série de marionnettes, Petit Ours et Nounours, racontait jadis des histoires douces, apaisantes, un rituel d'enfant, un refuge contre la brutalité du monde : « Bonne nuit, les petits… » La simplicité, la douceur, la tendresse de ces images, un refuge dans la nuit de nos consciences.
Mais la réalité, elle, ne connaît pas de sommeil, ne connaît pas de pardon. La véritable famille, celle qui soutient, qui protège, qui aime, se tient là, dans l'attente, dans la douleur, dans l'espoir.
Maître Laroque, figée, incapable de prononcer un mot, se laisse envahir par le tumulte. Il se redresse, mais plus un son ne fuit. D'un pas digne, il quitte la scène, murmure comme pour lui :
Il s'éloigne, laissant derrière lui un silence lourd, où seul résonne l'écho de ses pensées. Louis et Jacques, immobiles, se regardent avec une expression chargée de sens. La tempête intérieure n'est pas encore apaisée, mais la lutte, elle, ne fait que commencer.
Face à l'innocence immaculée des enfants, confrontés à l'âpreté d'une réalité impitoyable, il est impératif de rappeler que notre société repose sur le respect inaliénable des lois. La protection des plus vulnérables, tels des phares dans la tempête, doit primer sur toute autre considération. Je m'insurge contre ce silence complice, cette tiédeur insidieuse, cette tolérance aveugle qui permettent à des actes ignominieux de se perpétuer dans l'ombre, dans des recoins obscurs où, tout en prétendant respecter ses lois, la société détourne souvent le regard.
Tout acte, mariage ou union interdit, prononcé en violation flagrante de ces dispositions, doit être frappé de nullité ipso facto, sans passer par une procédure judiciaire lourde et lente. La loi, telle une sentinelle vigilante, doit garantir cette nullité pour préserver la moralité, assurer la santé publique, et sauvegarder la dignité humaine — valeurs fondamentales de notre humanité commune.
Je m'engage, avec une détermination inébranlable, à ce que la justice s'applique avec une rigueur sans faille. L'impunité ne doit pas trouver refuge dans notre société ; la protection des enfants demeure une priorité absolue, sans compromis ni relâchement.
Je suis Madame Le-Goff-Chevalier, l'une des trois plus jeunes avocates du barreau, épouse éplorée d'Olivier Le Goff-Chevalier, disparu depuis deux ans lors d'une mission secrète à La Réunion. Envolé, emportant avec lui notre fille Solène, elle aussi happée par les ombres d'un mystère insondable.
Tandis que je me tiens à l'orée de cette quête de justice, je m'interroge : « L'absence représente un vide à combler ou un espace à explorer ? »
Le bel homme se retourne, secoue la tête d'un air désespéré, contemple son alliance qui brille. Puis, il murmure doucement :
Louis et Jacques se regardent, murmurent ensemble, réalisant qu'il s'agit d'Olivier. Putain. C'est lui, avec son allure de Saint-Cyrien. Oui, c'est Olivier. Tâchons de rester loin d'elle demain… Son alliance, elle ment. Que pourra-t-elle répondre ?
Pendant ces deux années d'absence, la découverte de secrets enfouis et de vérités cachées doit aujourd'hui faire surface. Louis, Jacques, je vous en prie, écoutez-moi. Ce que j'ai à dire pourrait changer le cours de notre histoire, rétablir des vérités longtemps occultées. Je n'ai jamais cessé de penser à ma fille, à ma famille, à tous ces enfants arrachés à leur terre natale.
Il est temps de briser le silence, de mettre fin à cette omerta. Je me tiens ici, pour réclamer justice, pour redonner une voix à ceux qui en ont été privés, pour révéler l'ampleur de cette injustice.
Ensemble, unissons nos forces pour que de telles horreurs ne se reproduisent plus. Il est venu le moment d'affronter notre passé, de reconnaître nos erreurs, et de construire un avenir où plus jamais des enfants ne seront sacrifiés sur l'autel de l'indifférence.
Louis, Jacques, restez à mes côtés. Ensemble, nous pouvons faire la différence, écrire un nouveau chapitre empreint de vérité et de justice. Pour nos enfants, pour Justine, pour tous ceux privés de l'amour et de la sécurité qu'ils méritent.
Je suis Olivier Le Goff-Chevalier, prêt à mener ce combat, pour l'honneur, la vérité, l'humanité. Comme disait Voltaire :
Sophie se tait. Le calme avant la tempête, pire qu'une tempête, un cyclone dévastateur !